Tribune de Christian Nibourel dans Les Échos du 22 septembre 2015, rubrique Idées - Débats

Les professionnels des services à la personne contraints de geler 11.000 intentions d'embauches en CDI ? C'est l'alerte lancée par le collectif Privé de grandir réunissant les chefs d'entreprise du secteur. Un slogan qui en dit long sur leur ressentiment !

Voilà pourtant bien un secteur de notre économie qui ne devrait pas poser de problème majeur, tant ses perspectives de développement sont encourageantes. Poussé par des vents favorables depuis une dizaine d'années grâce au plan Borloo, il apparaissait comme un formidable pourvoyeur d'emplois, un gisement quasi inépuisable. Garde d'enfants, aide aux seniors, ménage, jardinage, ces métiers offrent des postes par dizaines de milliers. Ils représentent déjà près de 2 millions de personnes recrutées. Un poids économique qui, d'après le ministère du Travail, représente 1,2 million de postes à pourvoir d'ici à 2022. On ne peut pas prédire avec autant de certitude un si bel avenir à beaucoup d'autres secteurs d'activité en France.

Car c'est bien dans l'univers des services que se trouve la principale porte de sortie du chômage de masse. Toutes les études le certifient, et les notes de conjoncture les unes après les autres le démontrent.

A ce jour, 80 % des créations d'emplois se font dans les services marchands, pour tous les niveaux de qualification… et si l'on veut évoquer le sujet de l'intégration grâce au travail, l'évidence s'impose : la solution se trouve bien dans ces services marchands pour les quelque 130.000 décrocheurs issus chaque année de notre système éducatif. Alors pourquoi ces interrogations et ces inquiétudes ? Tout d'abord, parce que notre pays décroche par rapport à ses plus proches voisins dans ces secteurs des services. Le Royaume-Uni comme l'Allemagne, et même l'Espagne, nous donnent aujourd'hui des leçons de dynamisme, et l'écart entre ces pays et la France croît rapidement. Alors même que les services, dans leur diversité, sont le moyen incontournable de la montée en gamme de notre économie, tous secteurs confondus, nous nous laissons distancer sans réagir dans un marché qui s'internationalise chaque jour davantage.

Ensuite, parce que les leaders d'opinion véhiculent toujours massivement l'image d'un monde qui a cessé d'être, et refusent d'admettre le monde qui est et celui qui vient : celui de l'ère du service, postindustrielle ou quaternaire, appelons-ça comme nous voulons. S'ils acceptaient cette évidence, ils auraient à coeur de valoriser ces métiers d'expertise, si mal connus ou mal considérés. Ils comprendraient qu'on ne peut pas ignorer cette part prédominante de notre économie (45 % du PIB national, 9,8 millions d'emplois) au motif qu'elle serait prétendument protégée et non délocalisable - car dans le monde d'aujourd'hui, mondialisé, numérisé, ces fantasmes ont depuis longtemps volé en éclats. Enfin, parce que l'instabilité fiscale et réglementaire, couplée à la lenteur du processus de réforme du droit et de l'organisation du travail, fonctionnent comme des freins à l'embauche. Et de l'aide à domicile à l'ingénierie ou aux transports, les métiers de services exigent de plus en plus de flexibilité pour répondre à nos besoins à tous, citoyens-consommateurs.

Les chefs d'entreprise des services à la personne, adhérents du collectif Privé de grandir, ne disent pas autre chose : ils butent pour embaucher sur les effets de seuil qui dissuadent les salariés de travailler plus d'un certain nombre d'heures afin de ne pas perdre leurs allocations ou les avantages induits, et sur les conséquences des modifications de la fiscalité liée à leurs prestations.

Les Assises nationales des services, qui se tiendront à Paris le 17 novembre, ont pour objectif de mettre clairement sur la table l'ensemble de ces problématiques. Mais, ne nous le cachons pas, il s'agit aussi de sensibiliser les dirigeants de notre pays à ces sujets majeurs. De toute évidence, ils n'ont pas encore pris toute la mesure, ni du potentiel des services ni de l'urgence d'une remise à plat du cadre législatif et réglementaire dans lequel évoluent ces entreprises dont les hommes et les femmes - le facteur travail - représentent la part principale de leur valeur ajoutée. Pour s'affirmer comme une chance de réduire le chômage dans notre pays, les services ont besoin d'être soutenus et valorisés publiquement et au plus haut niveau, et d'abord, ils doivent êtres compris !

L'économie des services, qui connaît une phase de développement inédite sous l'impulsion de la révolution numérique et des plates-formes collaboratives, est un archipel… où coexistent ces nouveaux venus ainsi que des géants qui, dans le tourisme, la propreté, le conseil ou la banque, savent qu'il faut évoluer pour continuer à vivre. Si cette diversité n'est pas prise en compte, si cette réalité économique dominante n'est pas reconnue, les promesses de l'économie servicielle ne seront pas tenues, laissant le chômage et l'exclusion gouverner une république sociale à la dérive.

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